La rame traditionnelle, de quoi s’agit-il ?

 

Considérations diverses d’un rameur amateur et marseillais (ce qui n’est pas incompatible).

Eric Nouaille-Degorce

 

 

La rame traditionnelle se pratique sur des embarcations de 7m30 avec six rameurs et un barreur. Bon, c’est dit. Mais si on veut en savoir plus ?

 

Eh bien lisez la suite et ajoutez vos commentaires si le cœur vous en dit !

 

 

Définition :

 

Les puristes, qui savent que dans la Marine on ne parle jamais de rame mais toujours d’aviron.

 

On distingue « la rame » de « l’aviron » selon la technique de nage utilisée. (Oui, on dit « nager » et pas « ramer » ou « avironner »…)

 

Dans la discipline sportive de l’aviron, le rameur a les pieds attachés à un cale-pied. Il est assis sur un siège coulissant. il plie les jambes en allongeant les bras pour démarrer le mouvement et replie les bras en étendant les jambes pour « donner le coup de pelle ».

 

Cela permet d’utiliser toute la puissance du corps et particulièrement celle des jambes.

 

Dans la rame traditionnelle, les pieds sont également attachés à un cale-pied, mais le banc est fixe. C’est donc le haut du corps qui va réaliser le plus d’efforts.

 

C’est pour ça que les rameurs traditionnels ont classiquement un (très) beau torse. Les quantités de bière absorbées pour saluer d’un même front, les victoires et les défaites n’y sont pour rien ! Quoi que puissent prétendre les mauvaises langues.

 

La rame traditionnelle c’est donc bien la rame des origines !

 

       

Le bateau :

La barque est une copie assez réaliste des pointus méditerranéens au sens large. Les filets, casiers, girelliers et autres apparaux de pêche en moins.

La forme générale est celle des barques de la Grande Bleue (mourre de pouar, barquette marseillaise, tartane, lancha, bette, etc…), mais elles sont plus larges et plus pointues.

On  y retrouve toujours les mêmes caractéristiques : Le capian à l’avant qui symbolise un attribut viril masculin. Trois bancs de nage assez larges pour accueillir deux individus de belle taille par banc. Des cale-pieds réglables selon la taille des athlètes. Un trou pour les jambes du barreur. (On appelle ça la chambre, sans doute parce que la barreur est le feignant de l’équipage…) et un gouvernail actionné par le timon (timonier, ça vous dit quelque chose ?).

 Derrière, eh bé, y a plus que nos malheureux adversaires, peuchère !

Les barques modernes sont essentiellement en plastique. Cela permet de gagner 200 kg par rapport à une construction bois « traditionnelle » et surtout simplifier considérablement l’entretien !

Il reste quelques pièces en bois : le capian, la timon, les porte-tolets, la jambe du capitaine, les abdos d’Alain (le Président)…

Un pontage à l’avant permet de transporter à l’occasion une sirène croisée au cours d’une navigation ou un photographe ou encore un rameur de remplacement.

On peut aussi stocker une glacière dessous, mais personne ne le fait jamais, il y a toujours un frigo pas loin à terre.

 

La propulsion :
Le mode de propulsion est donc… la rame, merci pour ceux qui suivent. Les rames sont maintenant fabriquées en bois lamellé-collé et présentent une forme qui est restée très traditionnelle.

Elles se constituent schématiquement de 4 parties. La partie immergée (la pelle) est plate, longue et fine, elle est prolongée par le fût de forme cylindrique et allongée de fort diamètre, puis du carré qui est donc… rectangulaire, puis de la poignée, cylindrique également mais de plus faible diamètre pour permettre la préhension avec les deux mains côte à côte.

La rame est fixée au tolet (une pièce verticale en inox qui dépasse du liston) par un cordage au cheminement spécifique, spécialement conçu pour retenir la rame sans gêner son mouvement. (Pour les spécialistes, on pourrait décrire l’assemblage comme un noeud de cabestan (fixe) et un nœud de grappin (réglable) séparés par un long dormant).

La forme particulière de la rame est due à la présence du carré. Cette partie sert d’une part à équilibrer l’ensemble pour que le poids de la pelle ne soit pas excessif et fatigant,  d’autre part à empêcher que la rame ne glisse vers l’extérieur sous son poids et la pression de l’eau et enfin à éviter la rotation du bout’ (cordage) autour du fût et par conséquent de la poignée dans les mains du rameur. Rassurez-vous, on attrape quand même des ampoules !

   

            Avant                            Après
(Merci au Tchôa qui nous a prêté ses mains)

La cohésion de l’équipage :
La plus grande difficulté est donc de faire avancer le bateau dans le bon sens, c'est-à-dire… vers là où regarde le barreur ! Au début ça peut surprendre parce qu’on ne voit pas où on va quand on nage/rame, mais on s’habitue assez vite à discuter avec son voisin de banc et à commenter les grains de beauté du dos qu’on a devant soi.

Pour que tout le monde fasse le nécessaire à la bonne marche, il y a 5 règles d’or à respecter.
La première, c’est de faire ensemble, sinon c’est la soupe aux avirons ! La solution, c’est de nager au même rythme que celui qui se trouve devant soi. Le premier du banc tribord est le chef de nage. Son voisin de droite (puisqu’il est à bâbord) le regarde et suit son rythme et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ça implique d’avoir un chef de nage qui connaît son boulot et qui est capable de tenir le rythme. (En général je suis chef de nage…)
La deuxième règle d’or, c’est de savoir s’arrêter. En effet, si on démarre et qu’on ne connaît pas la technique pour s’arrêter, on continue bêtement pendant des heures comme un automate et on finit pas attraper des ampoules…
La troisième c’est de connaître les principaux commandements de nage. « Nagez tribord, nagez bâbord, nagez partout, dénagez (le contraire de nager, pas facile du tout), plantez (pour arrêter le bateau rapidement), à plat (pour se reposer, un de mes commandements préférés), laissez aller (à l’arrivée), en avant (pour préparer le départ), etc… » Et aussi la suite des entiers naturels de 1 à 2000, pour compter le nombre de coups de pelle entre le début de la série et la syncope !
La quatrième règle c’est de faire travailler tout le corps et d’ouvrir les épaules pour ne pas entendre de craquement dans les soubassements et ne pas se couper la respiration..
La cinquième règle c’est de faire ensemble, au risque de se répéter.

Si on se débrouille bien, on arrive à avancer vite, le sillage en témoigne et le GPS aussi (3,9 nds) :
   
On comprend donc que le barreur est le seul qui ne soit pas en apnée prolongée pendant la séance et que c’est lui qui va s’exprimer à haute et intelligible voix. Il voit ce qui se passe devant (c’est quand même appréciable, sauf pour Alain (dit le Fendu) qui est obligé d’utiliser un périscope, mais il barre aussi droit que Momo alors on évite de lui donner le timon, mais je m’égare de quoi est-ce qu’on parlait-on ?).

C’est donc le barreur qui va donner l’ensemble des instructions relatives à la conduite du bateau. Ainsi à l’approche d’une bouée que l’on va laisser à tribord, l’enchaînement des commandements sera le suivant :
Attention tribord pour planter…
Plantez !
1, 2, 3, (pour encourager les bâbordais qui continuent à nager comme des gabians en folie)
Tribord, dénagez ! (Les deux bancs nagent donc en sens inverse, ça fait pivoter le bateau)
à 3, tout le monde nage…
1, 2, 3, nagez partout !
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, etc.

Et c’est reparti jusqu’à la prochaine bouée ou le prochain bistrot…

Bien entendu, comme pour les grands skippers et les pilotes de Formule 1, il y a des bons barreurs et des très bons barreurs (les mauvais ont été passés par dessus bord). Chacun se distingue par sa maîtrise du virage, le rythme de ses encouragements, la qualité de son organe vocal, son répertoire de blagues marseillaises, sa connaissance approfondie des us et coutumes indigènes, voire la qualité de ses anecdotes et souvenirs sur différents lieux visités ou même les coins de pêche les plus infaillibles, le répertoire est vaste ! Le fait de se prénommer Momo évite de passer par-dessus bord.

        
Un équipage soudé, c’est ça ! Ils regardent vers l’avant pour une fois…

La compétition :
Pour les courses, chaque club (ou association sportive ou amicale ou tout autre nom sympathique qu’on se sera choisi pour désigner une bande de joyeux compères mâles et femelles, tout le monde est accepté), peut soit se déplacer avec ses propres barques (mais c’est long et compliqué), soit courir sur celles du club organisateur. Comme les courses durent de l’ordre de deux minutes pour chaque manche et que les bateaux courent deux par deux, c’est souvent la solution la plus simple et la plus pratiquée. La durée de chaque manche peut paraître ridiculement courte, mais tous ceux qui disent ça n’ont jamais essayé, même à l’entraînement. L’effort demandé est vraiment très soutenu et il faut savoir gérer son souffle pour tenir pendant ces deux minutes de déchaînement absolu. Et c’est un (bon) joueur de squash qui vous l’affirme !

Les dimensions, caractéristiques et poids des bateaux sont normalisés, ce qui permet de courir sur n’importe quelle embarcation sans être top dépaysé. Bon, pour les couleurs, on n’a pas tous le même point de vue et on a vu des bateaux bleu ciel et blanc devenir bleu ciel et noir, ce qui permet de constater que les traces de sel se voient plus sur le noir que sur le blanc, mais on n’est pas là pour causer de la couleur des bateaux, c’est pas le fond, comme disait le pêcheur !

Les courses se déroulent en duel, avec départ au canon, au sifflet, à la ficelle, à la main, tout est possible. Soit les parcours sont strictement symétriques pour les deux bateaux, soit ils partent en sens opposé et font le parcours en sens inverse et vice-versa pour la deuxième manche. Le plus spectaculaire est quand les deux barreurs se tiennent pas la main dos à dos, on est certain que le départ ne sera pas volé ! Il existe aussi des courses en ligne où les bateaux partent en décalé sur un parcours identique et essaient de le boucler en un temps minimum, des courses où les équipages sont tirés au sort, etc., il n’y a que l’imagination comme limite !

La discipline s'adresse aux femmes et aux hommes de plus de 16 ans et chaque club qui participe à une compétition engage au minimum 4 équipes, le sexe du barreur étant indifférent (enfin, je me comprends) :
Féminine : 6 rameuses + 1 barreur ou barreuse
Senior : 6 rameurs + 1 barreur ou barreuse
Mixte : 3 rameuses + 3 rameurs + 1 barreur ou barreuse
Tamalou : 6 rameurs/ses de plus de 50 ans + 1 barreur ou barreuse

La dernière catégorie n’est pas la moins spectaculaire (il faut juste passer un test d’effort pour obtenir la licence compétition) et son nom ne présente finalement aucun mystère : quand les plus de 50 ans ont fini la course, ils se congratulent en se demandant les uns aux autres « Et toi, t’as mal où ? », voilà, voilà.

Voici deux exemples de parcours de course, qu’on fera dans chaque sens, pour départager les équipes qui tournent mieux d’un côté que de l’autre.

Une dimension incontournable de ce sport est bien entendu l’entente parfaite qui règne entre les différents équipages des différents clubs. Il y a OBLIGATOIREMENT une fête à chaque compétition, preuve que l’amateurisme a su garder toute sa place dans ce monde (sauf pour la cuisine, il faut être sérieux quand même).